Sylvain MICHON Expert
Archéologie et Numismatique près de Troyes

Sylvain MICHON Expert, Archéologie et Numismatique à Troyes

Le gros sou des Faucheurs

Une monnaie non datable en couche archéologique sur 180 ans.

Convention, Directoire, Consulat (1793-1804) Atelier illisible

2 décimes, Mazard type 260

Musée de Sète, Don Castet, 892-13-185 33 mm, 18,84 g,

Monnaie qui a servi de pierre à faux. Un usage commun pour ce type de 2 Décimes qui est si difficile à rencontrer en bon état dans le monde de la numismatique. Je me souviens d’avoir rencontré en 1976 à l’âge de neuf ans, dans la région de Bayonne, le dernier faucheur de prés du pays, qui ne parlait que le basque et le patois. Âgé de plus de 70 ans, il perpétuait ce geste d’affûter sa faux avec cette monnaie. Le faucheur avait récupéré chez les veuves des autres faucheurs les 2 décimes précieusement gardées et transmises entre les générations.

 

Ma grand-tante Marie (née vers 1903) me confia, « c’est la dernière pièce qu’il lui reste, quand elle sera usée, il arrêtera de travailler et il n’y aura plus de faucheur ». Nous étions 180 ans après la frappe.

 

J’ai également le souvenir à la même époque, dans la région du Beaujolais, d’avoir vu faucher mon grand-père et un vigneron (respectivement nés en 1907 et 1908). Le vigneron, Étienne Depay (Tienno) me révéla : « Il y avait une grosse pièce de la Révolution qui servait à affûter les faux, chaque faucheur en demandait une avant chaque fauche en plus de son salaire. On les conservait, mon père, né sous l’Empereur (Napoléon III) a usé la dernière, je n’ai jamais eu la chance d’en trouver une. »

 

Mon grand-père me raconta également qu’une autre de mes grands-tantes, Marguerite, née en 1922, quand elle était écolière à Saint Quentin la poterie, mettons vers l’âge de cinq ans, avait vécu un engouement de sa classe pour les gros sous. Une petite en avait reçu un, et l’avait montré dans la classe. Tous les enfants avaient cherché alors dans leur famille un gros sou. Il y en avait de deux types La grande fille qui va à l’école, elle a un bonnet et la toute petite fille qui ne va pas à l’école, elle a une couette et des grosses joues. Quelques jours après, chaque enfant avait le sien, sauf une petite fille, qui avait demandé à tout le monde et n’en avait pas trouvé.

La petite fille pleurait à chaudes larmes et fut inconsolable pendant des jours. Alors qu’elle rentrait de l’école en pleurant, celui qu’on appelait dans le village « le faucheur » lui demanda pourquoi elle pleurait. La petite fille lui raconta son malheur, et le faucheur lui dit « revient demain je vais t’en donner un ». C’était le plus gros et le plus beau de tous les vieux sous. Tous les enfants furent heureux du sourire retrouvé de leur petite camarade. Chacun et chacune rapporta son sou chez lui, et plus personne ne s’y intéressa jamais.

 

Plus de vingt ans plus tard, que Ma grande tante Marguerite, ouvrant l’encyclopédie Larousse pour comprendre le morphème « Décime », découvrit que la petite fille qui va à l’école avec son bonnet était le premier portrait de la République, quant à la petite fille avec sa couette et ses grosses joues, c’était le portrait de Louis XVI, roi constitutionnel.

 

Je tiens à préciser qu’en 1977, à l’âge de dix ans, j’ai décidé de collectionner les monnaies et je les ai demandées à toutes les personnes âgées de mon entourage, j’ai récupéré et les gros sous et les anecdotes. J’ai quitté le monde de la collection des monnaies à 19 ans pour devenir un numismate, un « chercheur », j’y ai consacré mes études !

 

Sylvain Michon

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